Inconsciente ? blindée ? blasée ? Je ne sais comment qualifier le fait que je ne m'écroule pas dans un coin. Oh, je ne vais pas bien, faut pas déconner non plus mais j'arrive à rigoler avec le Zours, avec mes fils... alors qu'il ne me reste pas cinq euros pour tenir trois semaines, que mon frigo est mon rebord de fenêtre, que je n'ai plus de portable et bientôt plus de téléphone, ni internet, ni télé, que je n'ai même pas l'aide de mon père qui en a pourtant les moyens, que je vais devoir aller mendier mes médicaments à la pharmacie, que ma réserve de tabac est presque finie...

Comment je fais, je ne sais pas. D'aucun pourrait douter que je sois malade de dépression. Tout comme moi d'ailleurs. Je le suis pourtant mais je le garde caché pour quand je suis seule.

J'ai promis à mon Jojo que lorsque je serais sortie de l'ornière financière sans laquelle on est et qu'il subit surtout niveau nourriture, il aura le repas dont il a envie. Ses yeux se sont grands ouverts et il m'a dit : "c'est vrai ? je pourrai avoir un poulet/frites ?" Il aurait pu demander du saumon fumé qu'il adore mais non, un simple poulet/frites le rend gaga. Bon, faut dire que mes frites... hein...

Les enfants sont un moteur extraordinaire. La lutte est difficile pourtant, une paix bien précise me hante mais je m'oblige a rester en vie. Surtout quand mon fils me dit "je taime Maman, tu es la meilleure des mamans".

Je reste, je continue de lutter. Je ne sais pas comment, ni d'où me viennent ces ressources pour ne pas sombrer...

 

EDIT Sécu suite...

J'en reviens. Encore une tite nenette bien sympa. Elle a joint le centre principal. Si je n'ai pas reçu ce courrier c'est parce qu'il n'est pas encore parti. La raison ? Asseyez-vous...

 

La responsable ne l'a pas signé !!!!!!! Elle veut un stylo peut-être ???

 

Le délai pour déposer le recours est d'un mois. Cool, je lui dis, il me reste deux semaines. Non me dit-elle, il partira à la date d'envoi du courrier. Bien. Je lui demande si elle sait combien de temps ça prend ensuite. Un à deux mois me répond-elle. Les larmes perlent, je m'affaisse sur ma chaise en lui disant : quand on sait qu'en arrêt ces sont les seules ressources, comment je fais pendant ce temps ? Elle a couru me chercher un dossier de demande d'aide financière. Encore de l'assistanat me dis-je. Un nouveau dossier à remplir, un an de ressources/dépenses à fournir en photocopie... je sais où vont passer les 5 euros qu'il me reste.

 

Je ne veux plus être malade, je veux travailler, je veux une vie normale !!!!

 

Mercredi

Je sors de chez mon as... elle est vraiment très chouette. Aujourd'hui, c'était surtout concernant le plan de surendettement et le passage au tribunal du 4 décembre en vue de mon expulsion. Je la revois mercredi prochain pour faire le dossier d'aide financière de la sécu et voir avec le secours catho, la caf pour mon frigo, entre autre. Je viens d'aller sur le site de la caf pour signaler que la pension m'est maintenant versée par le boulot de monsieur pour que l'allocation de soutien familial ne me soit plus versée. Et là..... que vois-je ? Qu'il y a deux jours, un virement est parti direction mon compte, une prime exceptionnelle de rmi. Et pas qu'un peu : 296 euros !!! Je suis une reine avec ça, moi. Je souffle un peu, ça fait du bien. Je vais me faire un café pour fêter ça, tiens !!!

 

Jeudi

Très bonne soirée hier, un Zours à la maison, un film (Ocean 12), de la tendresse... ça manquait. Aujourd'hui, 4ème jour que je n'ai plus de médicament. Le manque se fait ressentir depuis le deuxième jour mais ça s'amplifie. Vertiges et courant éléctrique dans tout le corps, surtout dans la tête, que je sois debout, assise ou couchée. Moralement, je tiens... juste un peu énervée aujourd'hui. La fatigue joue aussi. Alors ce matin, après avoir rangé la table du ptit déj', mis une machine en route, rangé par ci par là, envoyé le zours au boulot et le gnome en cours, j'ai fait ce que je n'avais pas fait depuis un moment : m'installer dans le lit avec le portable, de quoi fumer et un café. Des papiers à remplir aussi. Hier, j'ai recommencé à aller sur le site de la CNAM, suite à une note de la Hyène qui dit qu'elle y a fait un test d'évaluation. Je vais continuer aujourd'hui. Jouer aussi.

Une intuition, un pressentiment, un peur irrationnelle que je ne développerai pas me colle une grosse boule dans la gorge. Je dois arrêter d'y penser, je suis certaine que ce n'est pas fondé et que c'est dû à mon état pour le moins tangeant. Mais bon, c'est là et je n'aime pas parce que mes intuitions m'ont rarement, pour ne pas dire jamais, trompée.

 

Vendredi

C'était hier soir....

Je me fais peur, je n'arrive plus à me protéger de moi-même. Assisse par-terre dans la cuisine, couverte par le bruit du lave-vaisselle, je m'effondre, j'ai mal, je veux que ça s'arrête. Me balance d'avant en arrière telle une malade mentale, je lutte pour ne pas en finir, je me lacère les bras de mes griffes. Le manque des médicaments me fait redevenir cette boule de souffrance et de douleur, cela m'aveugle, m'empêche de respirer. Ca vibre, ça vertige, ça plombe, ça tue. Tenir, tenir, tenir... je n'ai plus que ce mot à l'esprit. La droguée que je suis lutte en attendant samedi avec impatience, que cela vienne vite. Encore deux nuits, encore demain... Tenir encore et encore. Ne pas me laisser envahir par la noirceur, par l'envie que cela cesse enfin.

Que cette douleur devienne réelle, qu'elle se voit, qu'elle saigne. Mes griffes ne sont pas suffisamment longues. Je me fais mal pour que cette douleur intérieure soit masquée, cachée.... qu'une vraie vienne la remplacer. L'auto-mutilation a fait partie de ma vie, telle l'ado que j'étais, je me dis que si j'avais une lame sous la main.... pas pour en finir, juste pour saigner, pour faire sortir cette souffrance, que je puisse la voir et oublier l'invisible qui me ronge dedans.

 

L'alpra n'a eu aucun effet. La nuit a été courte et difficile.

 

Samedi

Ecrit ce matin, pendant que Jojo prenait son cours de violon.

La semaine a été dure, même très dure sur la fin. Je me suis rendue compte à quel point ce médicament me tenait, l'arrêter équivaudrait à mon arrêt de mort, je ne pourrais tenir sans. C'est plus qu'une béquille, un véritable déambulateur. Je n'aime pas la dépendance, pourtant, si je veux rester en vie, je n'ai pas d'autres choix. L'épisode de jeudi soir m'a fait très peur. Si j'avais été seule, sans enfants, sans amour, j'aurais fait le grand saut. J'ai eu des descentes aux enfers, jamais comme celle là, j'espère ne plus jamais y redescendre. J'ai tutoyé le diable comme jamais jusqu'alors.