Mercredi 16 avril 2008 2h.

 

Comme quand j'avais huit ans, âge de mes premières nuits blanches passées dans la cuisine, à faire la vaisselle, ranger puis m'asseoir à la table, boire un chocolat chaud et écrire, écrire, écrire encore et encore. Lire aussi, parfois. Et quand le jour se levait, quand la vie se mettait à faire du bruit dehors, j'allais me coucher, me réfugier là où j'ai encore si peur d'aller le soir : dans mon lit.

 

Si j'ai migré dans la cuisine cette nuit de mardi à mercredi, vers 2 heures, c'est grâce au mail d'un ours. Pourquoi la cuisine ? D'abord pour ne pas le réveiller, la chambre n'étant toujours pas séparée de la salle à manger. J'y vois aussi un symbole. Il y a trente-quatre ans, sur une table, dans une cuisine, j'exorcisais mes douleurs, mes souffrances, ma difficulté de vivre en couchant des centaines de mots sur le papier, Cette nuit, ce n'est plus la même cuisine mais c'est la même table. Ce n'est plus une petite fille qui vide ses douleurs mais une femme vient étaler une nouvelle renaissance. Un homme vient de remettre au monde la fille/ado/femme que je n'ai jamais cessé d'être, tout au fond, depuis quarante trois ans et trois mois ( 9 mois de grossesse + 42,5 ans d'âge ) et à qui ma génitrice n'a eu de cesse d'en vouloir de ne pas être du genre qu'elle souhaitait plus fort que tout : masculin. Indifférence, inattention, désamour, voilà ce à quoi j'ai toujours eu droit de sa part. De vouloir être ce qu'elle désirait m'a tout de même servi, je sais me débrouiller seule et vivre sans homme ne me fait pas peur, Le revers étant que cela a engendré plus de quarante ans de souffrances, de douleurs, de culpabilité d'être en vie et de ne pas être ce qu'elle attendait, des envies de crever, des appels à la mort...

 

Jusqu'où l'inconscient, le psycho peuvent ils aller chez une femme en souffrances ? Jusqu'à ce que son corps n'accepte de laisser passer et vivre   uniquement les  tites bestioles à longues queues avec des XY. J'en suis persuadée. Pourquoi ? Parce  que j'ai eu 4 garçons et qu'elle n'a pas eu celui qu'elle espérait en m'attendant. Je trouve cette revanche « naturelle » extrêmement...... jouissive

 

Cet homme me dit des mots souvent espérés, toujours attendus mais encore jamais entendus. Ses mots ont déclenché une tempête cérébrale et corporelle. C'est la bousculade, le grand chambardement. J'ai enfin trouvé l'homme que je ne porterai ni n'éduquerai. Il vient de m'offrir ce que personne ne m'avait accordé jusque là : ma place de femme. Celle que j'ai physiquement du fait de ma naissance avec une chose en plus : celle de la tête. Je n'ai pas pu être un garçon pour être enfin acceptée et aimée de celle qui se dit ma mère ? Je m'en fiche bien maintenant puisque je suis enfin acceptée, aimée, considérée en tant que femme par l'homme que j'attendais ptin t'étais où ??? Je suis enfin oui, je sais, y a répétition reconnue comme telle et ça devrait me permettre de ME reconnaître comme telle. Ça ne va pas forcément être facile à digérer mais je ne suis pas inquiète, je suis « deux » maintenant. Ces trois dernières semaines m'ont montré une nouveauté : ce qu'est un vrai couple, ce qu'est réellement être deux, tout simplement.

 

Petit à petit, je range... ma tête se libère des gamelles engrangées au fil des années et un ours appelé Fred oui, j'aime ce prénom, ne t'en déplaise vient de mettre dans un tout petit coin de ma cave cérébrale la plus grosse de ces gamelles. Sans s'en rendre compte, en étant simplement lui-même. Il me dit que je suis belle naaaaaaan je vais pas vous faire du Patricia Kaas rassurez-vous me couve du regard, me protège de ses mots et de ses bras, Il me soigne, me guéris. Avec lui, je ne peux qu'avancer. Le mot « reculer », dans ce contexte bien précis, ne fait plus partie de mon vocabulaire. Etrange et délicieuse sensation que de se sentir persuadée, sans se le dire, d'avoir trouvé celui qu'il me fallait.

 

Alors oui, je pense pouvoir parler de nouvelle renaissance la première m'ayant été donnée par ma psy, merci à elle et qu'elle me pardonne.... Si vous en doutiez encore, bannissez ce doute, on peut naître plusieurs fois dans une vie.